Avec Christian Girard, Député des Alpes-de-Haute-Provence, il a été beaucoup question de ruralité, d’accès aux soins, de souvenirs d’enfance, sport, paysages et de ces femmes et ces hommes qui font vivre notre territoire.
Un parcours ancré dans le territoire
Cette rencontre devait se dérouler au milieu des paysages d’Entrevennes, dans cette Provence intérieure où les champs, les collines et les lumières semblent raconter à eux seuls l’histoire du territoire. Quelques averses plus tard, il a fallu ranger le matériel, quitter le décor naturel et poursuivre l’entretien à l’abri, dans un petit café restaurant du village.

Un imprévu finalement très fidèle à l’esprit de Plumes en Vadrouille : aller sur le terrain, s’adapter, écouter, et laisser la rencontre se construire simplement.
« Ce qui me rattache le plus au territoire ? Les gens. »
Christian Girard a grandi à Manosque. Sa vie professionnelle, notamment ses quarante années passées à la Caisse d’Épargne, puis son engagement dans le sport, lui ont permis de parcourir le département en long, en large et en travers.
Le football, le cyclisme, les manifestations sportives, l’organisation d’événements : autant d’occasions de découvrir les villages, les paysages, mais surtout les habitants. « Ce territoire m’a fait connaître des merveilles. Et aujourd’hui, ces merveilles, j’ai envie de les transmettre. »
C’est d’ailleurs pour cela qu’il avait souhaité que la rencontre ait lieu à Entrevennes. Pour montrer ce décor, cette vue, cette lumière, ce territoire parfois méconnu mais profondément attachant.
Une période qui interroge
Dans sa fonction actuelle, ce qui le touche le plus reste le contact avec les habitants et les actions qu’il peut mener pour eux.
Il évoque une période difficile, marquée par les inquiétudes, les crises successives, les souvenirs du Covid et le sentiment d’incertitude que beaucoup ressentent encore.
Pour lui, être élu, c’est entendre ces préoccupations, rester au contact, comprendre ce qui se vit concrètement dans les villages, dans les familles, dans les entreprises, dans les établissements de santé.
Les Alpes-de-Haute-Provence ne doivent pas être oubliées
Christian Girard estime que les réalités du territoire doivent être davantage prises en compte dans les décisions nationales. « Il ne faut pas changer ce territoire. Il faut l’améliorer. »
Christian Girard regrette que les réalités rurales soient parfois mal comprises par ceux qui décident loin du terrain. Il parle d’un territoire riche humainement, avec des compétences, des savoir-faire, des entrepreneurs, des artisans et des habitants profondément attachés à leur cadre de vie.
Mais il souligne aussi les difficultés économiques auxquelles beaucoup sont confrontés.
Selon lui, les entreprises locales subissent de nombreuses contraintes, notamment lorsqu’elles doivent absorber des hausses de coûts ou de charges. Dans un département rural, où les marges sont parfois fragiles, chaque dépense supplémentaire peut peser lourd.
Derrière les grandes décisions nationales, il rappelle qu’il y a toujours des réalités très concrètes : des petites entreprises, des salariés, des commerçants, des artisans, des familles.
Nos agriculteurs que je compare très souvent à des peintres et même à des architectes. Ils façonnent notre territoire pour mon plus grand bonheur et celui des milliers de visiteurs venant du monde entier.
Son moment de ressourcement
Depuis qu’il exerce son mandat, Christian Girard reconnaît avoir découvert un rythme de vie très différent de celui qu’il connaissait auparavant. Il aime servir son territoire, mais il ressent aussi le besoin de retrouver parfois des moments de solitude.
« Quand je traverse le département, il m’arrive souvent de m’arrêter au bord d’une route, de prendre un chemin et de marcher. »
Ces instants lui permettent de se recentrer, de prendre du recul, de retrouver le contact avec la réalité du terrain. Il ne s’agit pas, dit-il, de se rappeler d’où il vient, car il le sait. Il s’agit plutôt de ne jamais s’en éloigner
La santé, une priorité majeure
Lorsqu’on lui demande ce qu’il aimerait voir évoluer dans les années à venir, sa réponse est claire : la santé. Médecine, hôpitaux, EHPAD, accès aux soins : le sujet revient avec force dans son discours.
Il évoque les équipements de qualité existants dans le département, notamment à Digne-les-Bains ou Château-Arnoux, mais aussi les difficultés liées au manque de praticiens et de personnel.
Dans certains EHPAD, il décrit des équipes fatiguées, des heures supplémentaires, des tensions, des professionnels qui tiennent parfois à bout de bras un système fragilisé.
Il alerte également sur les difficultés financières de certains établissements, avec des factures impayées qui ont des conséquences directes sur les fournisseurs locaux, les entreprises de maintenance, les services techniques ou les prestataires indispensables au fonctionnement quotidien.
Pour lui, cette situation est grave, car elle touche à la fois les patients, les soignants et tout un tissu économique local. L’accès aux soins en milieu rural
Des distances changent tout.
Christian Girard rappelle que tout le monde ne dispose pas d’un transport facile, d’un train à proximité ou d’un service collectif adapté. Pour une personne âgée, une femme enceinte ou un habitant isolé, obtenir un rendez-vous médical spécialisé peut devenir un véritable parcours du combattant. Il évoque les délais, les kilomètres, les trajets parfois nécessaires jusqu’à Digne, Manosque, Aix, Marseille ou Nice. Même lorsque des solutions existent, comme certains minibus ou dispositifs de transport, elles ne répondent pas toujours à toutes les situations.
« Si le malade est à trente kilomètres de l’itinéraire prévu, le minibus ne fera pas forcément le détour. »
Pour lui, ces dispositifs sont utiles, mais ils ne remplacent pas ce qu’était autrefois la médecine de proximité.
Le souvenir du médecin de campagne
Christian Girard garde en mémoire une image forte de la ruralité d’autrefois : celle du médecin de campagne. Il se souvient de ces médecins qui prenaient la voiture pour aller voir les patients, parfois jusqu’au bout d’un chemin difficile. Lorsqu’il pleuvait et que la route devenait impraticable, ils continuaient parfois à pied.
Le bouche à oreille fonctionnait. On savait qu’un médecin passerait. Peut-être tard, mais il passerait.
Aujourd’hui, dit-il, ce monde a disparu.
Ce souvenir n’est pas seulement nostalgique. Il raconte aussi ce qui manque parfois dans les territoires ruraux : la proximité, la présence, le lien direct avec les habitants.
La Provence est belle de partout
Quand on lui demande quel endroit il préfère en Provence, Christian Girard sourit presque devant l’impossibilité de choisir.
« Il est impossible pour moi de choisir un seul endroit. »
Il cite Sisteron, même si la ville n’est pas dans sa circonscription, puis Entrevennes, Valensole, Ganagobie, le plateau de Banon, le Verdon.
Il parle des couleurs qui changent selon les saisons, des champs, des orges, des blés, des amandiers, des paysages agricoles qui racontent la vie du territoire.
À travers ses mots, on sent l’homme qui connaît les routes, les lumières, les villages et les reliefs.
Il ne parle pas d’une Provence de carte postale, mais d’une Provence vécue, traversée, observée.
Le Banon, souvenir d’enfance
Lorsqu’il évoque ses souvenirs d’enfance, un mot revient immédiatement : le Banon.
« C’est le fromage que j’ai connu en premier. »
Christian Girard évoque sa tante, installée à Saint-Étienne-les-Orgues, qui avait un troupeau de chèvres et faisait du Banon. À l’époque, il n’y avait pas encore dans les magasins toute la variété de fromages que l’on peut trouver aujourd’hui. Le Banon était donc pour lui un goût d’enfance, un souvenir familial, un lien direct avec la terre et les traditions.
À travers cette anecdote, c’est toute la richesse des terroirs français qui revient : chaque région, chaque village, chaque famille porte une part de cette mémoire.
Le vélo comme ambassadeur du territoire
Le sport a occupé une place importante dans le parcours de Christian Girard.
Président d’une association de coureurs cyclistes, il a participé à l’organisation de nombreuses courses à travers le département.
Il se souvient notamment des Boucles du Verdon, qui permettaient de faire découvrir ce territoire à des coureurs venus parfois de loin.
Une année à Saint-André-les-Alpes, une autre à Gréoux-les-Bains, une autre encore à Castellane : chaque édition devenait une manière de mettre en lumière un village, une route, un paysage. Pour lui, le vélo est un formidable ambassadeur des Alpes-de-Haute-Provence.
Il rappelle que le département est particulièrement apprécié des cyclistes et que de nombreuses communes ont su valoriser cette pratique pour faire connaître leur territoire.
Le Verdon, c’est une des plus belles fascination du monde.
Le Verdon, une merveille Il façonne notre territoire pour mon plus grand bonheur et celui des milliers de visiteurs venant du monde entier.
Lorsqu’il en parle , les mots deviennent simples et directs. Difficile de mieux résumer l’attachement que ce site suscite chez ceux qui le connaissent vraiment.
Le Verdon, ce n’est pas seulement un décor spectaculaire. C’est aussi un symbole du département, un lieu qui attire, émerveille , une des plus belles fascination du monde.
Un regard ancré dans son territoire
Au fil de l’entretien, Christian Girard parle autant en élu qu’en homme du pays. Il évoque les difficultés, les inquiétudes, les urgences, mais aussi les souvenirs, les paysages, les chemins, les fromages, les villages et les rencontres.
Ce qui ressort de cette discussion, c’est un attachement profond à une ruralité vivante, fragile parfois, mais pleine de ressources. Une ruralité faite de visages, de routes, de cafés de village, de champs, de souvenirs et de combats quotidiens.
Et c’est peut-être cela, finalement, que cette rencontre raconte le mieux : un territoire ne se résume jamais à une carte. Il se comprend à travers celles et ceux qui l’habitent, le parcourent, le défendent et le font vivre.
Propos recueillis par Véronique Basso
Crédit Photo : Christian Girard
pour Plumes en Vadrouille / Sortir04.com

C un homme ancré dans son territoire qu’il a arpenté mètre par mètre…
Bravo a vous monsieur Christian Girard
Vous vous donnez tellement à fond à tout ce que vous entreprenez.
On a tant besoin de personnes comme vous
Encore merci
Toutes mes félicitations pour ce remarquable parcours, Christian. L’aventure est loin d’être terminée !
Il est parfois frustrant de constater le décalage entre l’engagement des députés sur le terrain et le suivi du gouvernement. Pourtant, votre rôle de proximité est essentiel pour faire émerger la réalité des faits.
Merci infiniment pour ta bienveillance et ton écoute constante. Sache que notre soutien reste entier : nous ne lâcherons rien !